Ô douleurs de l'amour!
Comme vous m'êtes nécessaires et comme vous m'êtes chères.
Mes yeux qui se ferment sur des larmes imaginaires,
mes mains qui se tendent sans cesse vers le vide.
J'ai rêvé cette nuit de paysages insensés et d'aventures dangereuses
aussi bien du point de vue de la mort que du point de vue de la vie,
qui sont aussi le point de vue de l'amour.
Au réveil vous étiez présentes, ô douleurs de l'amour, ô muses du désert, ô muses exigeantes.
Mon rire et ma joie se cristallisent autour de vous.
C'est votre fard, c'est votre poudre, c'est votre rouge,
c'est votre sac de peau de serpent, c'est vos bas de soie...
et c'est aussi ce petit pli entre l'oreille et la nuque,
à la naissance du cou,
c'est votre pantalon de soie et votre fine chemise et votre manteau de fourrure, votre ventre rond c'est mon rire et mes joies
vos pieds et tous vos bijoux.
En vérité, comme vous êtes bien vêtue et bien parée.
Ô douleurs de l'amour, anges exigeants, voilà que je vous imagine
à l'image même de mon amour, que je vous confonds avec lui...
Ô douleurs de l'amour, vous que je crée et habille,
vous vous confondez avec mon amour dont je ne connais
que les vêtements et aussi les yeux, la voix, le visage, les mains,
les cheveux, les dents, les yeux...
Robert Desnos - 1926
J'emprunterai ces quelques mots à un Grand, un vrai, pour conclure ces quelques mois passés en votre compagnie. Ce fut un enchantement des
plus envoutant... trop justement.. j'ai perdu pied et si je poursuis mon chemin avec vous je me détruirai complètement. J'ai d'abord allumé quelques feux pour me réchauffer, puis j'ai concentré
ce feu en une flamme douloureuse mais entêtante, si je persiste je soufflerai un jour la flamme et le gaz continuera à se propager, jusqu'à ce que tout bascule
irréversiblement...
Cette nuit, j'ai pleuré, en silence, mon amour, mon ange, celle qui partage ma vie dormait à mes côtés d'un sommeil agité. Cette
nuit je ne pouvais pas dormir. Je n'ai que trop rarement parlé d'elle, de mon ange d'amour, je l'ai déjà fait souffrir, trop beaucoup trop. Elle ne sait rien des mots que je prodigue ici, et
quand bien même j'avais le courage de les lui dire, s'en suivrait une fin irréversible. Elle ne comprendrait pas plus que je ne me comprends parfois. Je l'aime elle, et je vous aime toutes... mon
amour pour toi n'est il qu'un écran de fumée? non c'est impossible, je ne peux pas y croire, je t'ai trop fait souffrir et j'ai me suis trop fait souffrir en retour pour accepter cette idée!
Toutes les femmes lunes que vous êtes, je voudrais toutes vous aimer pour en retour tenir votre main dans la mienne et lire dans vos yeux votre désir de moi... C'est un rêve fou, dangereux et
insensé.
Les contours de l'enfant que j'ai si souvent attendu se déssinent aujourd'hui plus précisément. Toi tu me dis vouloir me faire un
enfant, quel plus beau cadeau d'amour pourrais tu m'offrir, certainement aucun. Et moi je choisis cet instant où la vie pourrait enfin avoir un sens, pour ne donner à ma vie qu'un néant
insondable. Un enfant, je devrais dire un garçon, je n'arrive pas à me départir de cette idée... mais quel père... quel père serais je si je ne suis que néant ? Qu'aurais je à lui offrir si je ne
trouve pas la paix pour moi même? Tu veux m'offrir un enfant, j'ai peur. C'est peut être ce qui m'a conduit ici.
Je cherche à être un homme, j'ai peur d'être un père, je ne suis pas sur d'y arriver, je n'arrive pas à savoir si je suis un homme,
comment pourrais je être un père? Peur ancrée de l'étouffer pour compenser, crainte de l'abandonner pour ne pas qu'il devienne l'errant que je suis parfois. Face à cela vous comprendrez que je
dois cesser mon errance ici. Couper les ponts, faire le point, me donner de nouveaux objectifs et avancer coûte que coûte. J'aurais très certainement souvent envie de me retourner pour voir
quel chemin vous avez suivi, j'essaierai de m'en abstenir, je m'attache si facilement que cela sera aussi une douleur certaine, mais certainement salvatrice.
Je ne supprime pas ces pages car elles m'ont permis de voir le point de non retour de près, de très près. Si je ne l'avais pas vu
je me serai perdu encore plus surement. Alors merci à vous tous et toutes pour tous vos mots, souvent très flatteur. Et puis tout ces mots sont les miens, c'est une part de moi que je ne peux
renier. J'avais parfois l'impression de jouer avec un économe, faisant le tour du fruit, enlevant chaque fois un peu plus de chair, me rapprochant toujours du noyeau, avec ces mots j'ai vécu
intensément, je me suis redécouvert, fragile, écorché vif, à fleur de peau. Il faut que j'accepte cette part de fragilité, je ne veux donc pas la supprimer à jamais.
Suivez votre chemin, je tente de retrouver le mien.
Merci à toi Alicia.